« Cet artiste belge nous invite à percer deux visions de son œuvre reliées par un discours identique, à savoir l'empreinte laissée en nous par le temps qui passe, en laissant un dialogue à l'intérieur de la matière, telle une offrande sacrée, mystique... »
Les « autels » sont ceux de la mémoire, sortis d'un passé, en l'occurrence archéologique, puisque la première série des tableaux exposés a été créée à partir du souvenir de photos aériennes de sites archéologiques proche-orientaux.
Réalisées à l'acrylique, ces œuvres exposent une vision en plongée fortement stylisée (aérienne), de tumuli, enfermés au centre d'un halo lumineux, lequel met en exergue le mysticisme provenant du passé devenant par l'impact de la représentation plastique, intemporel.
"Le tumulus enserré dans une sorte d'enceinte, un kremlin dont le trait ressort pour en souligner le volume."
Ensuite, il nous propose le vestige enveloppé d'une masse de poussière séculaire réalisée au ciment et à l'acrylique, présentant un tout compact, pétrifié, indéfinissable, comme figé par la patine du temps. L'idée d'intituler son œuvre Let The Altars Shine lui est venue en écoutant le titre éponyme du groupe mythique des années '70 Meat Loaf.
Masse de poussière séculaire, ciment et acrylique.
La mémoire voilée
La seconde série de tableaux peints par Michel Marinus est centrée sur le thème de la photographie ancienne que le temps a voilée. Une série de compositions dont il manque des morceaux. Ces morceaux sont ceux d'un puzzle qui se désagrège sur sa périphérie mais dont le centre est occupé par l'image floue, néanmoins vivante.
Ne fût-ce que par l'intemporalité de l'amour qui unit le couple portraituré, le faisant triompher de la mort et du temps. Nous assistons ici à la superposition de la peinture sur la photographie dans le but de retrouver, en quelque sorte, l'origine même de celle-ci, en recréant la patine temporelle propre au daguerréotype.
"L'humain confronté au passé magnifié par la beauté qu'il exhale."
C'est essentiellement cela qui tient lieu de ciment aux œuvres créées. Comment décrire le temps qui passe ? Faut-il laisser flétrir l' « autel », l'abandonner à sa propre finitude ?
Temps et Art peuvent-ils chanter à l'unisson ? Ils le peuvent, néanmoins, l'un ne sera jamais au diapason avec l'autre. Ils ne peuvent être qu'en décalage car le rôle vital de l'Art est celui de saisir le temps au moment où le pinceau amorce le geste et le restitue sur la toile de l'intemporalité. C'est en cela que le couple, pris dans l'instant de l'amour sur la toile défunte, ressuscite à la vie.
Historien de l'art — "Arts et Lettres" Lire l'article original sur Arts & Lettres →
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