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Une fois de plus, Jéroboam faisait l’expérience de ce qu’il n’était pas toujours
agréable d’être une jeune et jolie femme. Elle resta silencieuse, jaugeant
l’individu du coin de l’œil. Il la fixait et arborait un sourire satisfait qui
en disait long sur ses intentions. Pour les avoir déjà expérimentées, elle
connaissait deux solutions à ce genre de problème. La première consistait à
inviter l’importun à sa table et à le faire boire, jusqu’à ce qu’il s’écroule.
La seconde était plus simple et plus compliquée à la fois : elle le sortait par
les bourses et l’embrochait dans la cour de l’auberge. Elle aurait pu le faire
de la main gauche et sur un pied, encore bien. Mais cela voulait dire qu’elle
devrait fuir le lieu de ses exploits et ne dormirait pas dans un lit, cette
nuit.
Il faisait
froid dehors. Elle frissonna à cette idée, puis sourit sans regarder son
interlocuteur.
- Apportez-moi
une bouteille de votre meilleure eau-de-vie et invitez ce Monsieur à s’asseoir à
ma table. C’est moi qui régale.
L’aubergiste la gratifia d’un clin d’œil et s’éloigna en chantonnant : il n’y
aurait pas d’incident ce soir.
Il n’y avait
pas si longtemps, pour endormir la méfiance de l’individu ou pour mieux ferrer
sa prise, Jéroboam aurait arrangé sa mise et ses cheveux, mais les dernières
semaines lui avaient appris que les hommes libres n’étaient pas différents de
ceux qu’elle avait côtoyés en prison : les raffinements de la séduction les
laissaient insensibles pour autant qu’on leur fasse miroiter la possibilité
d’une victoire aisée. Avant même que l’homme se soit assis, elle avait compris
qu’il serait une proie facile. Elle faisait bien deux têtes de plus que lui et
il était déjà bien entamé. Elle se dit qu’en prime, elle pourrait discrètement
lui faire les poches, comme elle avait appris à le faire chez elle, dans les
geôles du prévôt de Malinkor, et comme elle le faisait régulièrement depuis son
départ. Elle lui sourit. Il fut ravi.
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