Table des matières La prophétie.
(15/02/21-3/03/21)
-Chapitre 1-
Chronique des 11 braves

 

- C’est normal, expliqua Kaï à son associée qui s’en étonnait. Le duché constitue la frontière la plus exposée aux troupes de l’usurpateur et le lieu privilégié des affrontements entre les deux camps, mais il n’existe pas à proprement parler de ligne de front entre les deux partis, et la saison des chevauchées n’est pas encore revenue.

Le gros des troupes d’Aranarth s’était replié vers le nord, continua-t-il, avant de laisser entendre qu’il était le génial inspirateur de cette manœuvre. De fait, aucun des guerriers du roi ne se manifesta, et les seuls soldats de Gellen à porter de l’intérêt aux deux voyageurs furent des sergents recruteurs. Les exigences exorbitantes des deux compagnons eurent tôt fait de les décourager. Même lorsque, après six jours de marche, ils traversèrent Tartra, la capitale de Gellen, personne ne sembla se préoccuper d’eux.

D’ailleurs, ce voyage aurait été sans histoires si le jeune Kaï avait pu s’abstenir de s’enivrer à chaque occasion. Hélas, cette malheureuse propension les obligea à renoncer aux auberges dès le deuxième jour. Jéroboam se consola en trouvant des accents méridionaux au climat de cette fin d’hiver, et les nuits au grand-air lui parurent plus supportables que la honte que lui infligeait son employeur une bouteille à la main. 

A l’aube du troisième jour du troisième mois, après avoir marché treize jours et la moitié de la dernière nuit, ils atteignirent enfin la porte du monastère d’Esrif. L’édifice était perché sur un éperon rocheux, détaché à moins d’une portée d’arc de la montagne sur laquelle était bâtie la ville de Macombe. Un sentier en lacets quittait la route principale venue de la cité et montait jusqu’au sommet du rocher, devant le portail du monastère. En bas, au-delà de cette piste montagneuse, la route se poursuivait par un pont à arche unique, jeté par-dessus un ravin. Ensuite, elle disparaissait vers l’Orient, vers la Trouée de Steras et la Grande Forêt des Elfes Noirs. Parvenus au terme de leur voyage, les deux marcheurs s’assirent côte à côte sur le seuil du portail de la maison d’Esrif.  ─>─>

1   2   3   4   5   6   7  8  9 ─> page suivante 10 ─>  11

Copyright Michel Vincent